Intelligences multiples et système 1-2-3

Le magnifique travail réalisé dans les années 80 en 90 par Howard Gardner, universitaire (psycho-pédagogue) américain a permis de revisiter le concept de l’intelligence.
Battant en brèche la thèse, jusque-là défendue par tous, d’une intelligence générale, essentiellement langagière et logico-mathématique (1) et mesurée par des tests de QI (2), Gardner a fait basculer le concept d’intelligence en le déclinant dans une palette de 7 à 9 types d’intelligences.

Gardner définit l’intelligence comme la FACULTE DE RESOUDRE DES PROBLEMES OU DE PRODUIRE DES BIENS qui ont de la valeur dans une ou plusieurs cultures ou collectivités.
C’est la manière dont on accomplit une tâche par rapport à un objectif donné

Voici les différents types d’intelligence définis par Gardner et son équipe:
intelligence logico-mathématique: concerne les calculs, les mathématiques et la pensée scientifique;
intelligence langagière: aisance avec les mots, les discours;
intelligence musicale
intelligence kinesthésique: capacité à résoudre des problèmes ou produire des biens en utilisant son corps en tout ou en partie;
intellligence interpersonnelle: connaissance de soi;
intelligence intrapersonnelle: connaissance des autres;
intelligence spatiale: capacité à agir dans un univers spatial en s’en faisant une représentation mentale (ex. marins sans et avec cartes, chirurgiens, ingénieurs).
Deux intelligences ont été ajoutées
intelligence naturaliste: reconnaître et classer les plantes, les animaux, la nature.
intelligence sprituelle.

Howard Gardner est bien un universitaire sérieux, ouvert et positif et il est plus qu’évident que sa théorie a eu, et aura encore, un impact très heureux sur le monde de l’éducation (à son grand étonnement d’ailleurs) et le monde tout court. Toutefois, il faut savoir que le choix des types d’intelligences, même si le travail fut fait en collaboration avec des éminents spécialistes de toutes sortes de disciplines, découle d’ un choix purement arbitraire. Par ailleurs, Gardner avoue humblement que la théorie des I.M. n’a pas été soumise à des tests expérimentaux dans le champ de la psychologie (3)

Quels sont les points communs et les différences entre la théorie des I.M. et les système 1-2-3?
Les points communs sont peu nombreux: volonté commune de partir de l’apprenant, vocabulaire en commun: kinesthésique et langagier mais ne recouvrant pas les mêmes réalités. (voir ci-dessous pour les différences)
Les différences par contre sont nombreuses:
La théorie des I.M. a été mise au point en université avec des équipes pluridisciplinaires et des budgets colossaux tandis que le systeme 1-2-3 est le fruit de l’inventivité d’une seule personne partant de sa pratique de terrrain de professeur et inspirée par les théories de Ron Davis, auteur du don de dyslexie.
La théorie des I.M. propose 9 types d’intelligences, indépendantes les unes par rapport aux autres tandis que le systeme 1-2-3 propose une dynamique mentale propre aux personnes disposant d’une intellligence de penseur en films (appelée kinesthésique au sens de la gestion mentale dans mon premier livre)
Il s’agit de proposer un chemin mental, une dynamique d’apprentissage pour les personnes pensant en films. Ce profil est défini comme un accès au sens par le tact et le mouvement réel ou imaginaire.
Partant d’une intelligence en mouvements en 3 dimensions (réel ou imaginaire), l’apprenant opère une verbalisation réelle ou interne pour atteindre une représentation en 2 dimensions (texte imprimé, schémas, images) sur papier ou dans sa tête(au plafond)

Ceci est tout à fait différent de la théorie des intelligences multiples et en voici l’illustration par un exemple choisi pour sa simplicité.
Réussir une opération mathématique simple, l’addition de 2 boules à 2 boules faisant 4 boules devient dans la théorie des intelligences multiples, un exemple d’intelligence mathématique. Dans le système 1-2 -3 :
manipuler deux boulettes réelles et les ajouter à deux autres boulettes correspond au 1 (le 3D la réalité)

Parler tout haut ou tout bas et dire : deux plus plus égal 4 correspond au 2 (le langage, la verbalisation) , écrire l’opération 2 + 2 = 4 correspond au 1, un mouvement et regarder le calcul réel ou dans son imagination mentale correspond au 3 (image fixe en 2D).

La plus grande différence entre les deux approches est que le système 1-2-3 introduit une dynamique et surtout se préoccupe de ce qui se passe à l’intérieur de la tête, ce qui est totalement hors du champ de la psychologie cognitive.

Chantal Wyseur
janvier 2016
(1)concept piagétien par excellence. L’intelligence était jusqu’alors uniquement mesurée par des tests de quotient intellectuel.
2) tests de Binet-Simon en France au début du XXe s.
(3) GARDNER H., Les Intelligences Multiples, Retz, Paris,